Génération Y : digital natives



Les « Digital Natives », ces jeunes nés entre les années 1980 et 1990 ont connu les débuts d’internet et ont été graduellement immergés dans les technologies, ce qui les a formaté d’une façon bien particulière. Ainsi, un Y ne lit pas de la même façon qu’un X et ne traite pas non plus l’information de la même manière. Mais à force de vivre dans l’instant, le Y aurait-il perdu sa capacité de mémorisation et de concentration?

La génération de l’instant : la fin de la mémoire ?

La génération Y, qui pourrait tout aussi bien être appelée « génération Google », passe le plus clair de son temps sur Internet et sait qu’elle y trouvera toutes les réponses à ses questions de façon quasi-instantanée.  En ce sens, pour les Y, Google est devenu une sorte de boussole, qui a formaté leur vocabulaire[1] et  révolutionné leur pratique de lecture.
En effet, compte-tenu de leur désir d’obtenir l’information de façon instantanée, les Y ont développé de nouveaux modes de lecture permettant de dénicher et d’analyser rapidement l’information.
Si leurs prédécesseurs déplorent l’orthographe des Y et le corrèlent à un manque de lecture, il se trouve qu’en réalité les générations précédentes ont lu bien moins que les Y.  En revanche, la façon de lire a bel et bien évolué. Un Y ne lit pas tout un texte, il le parcourt de manière partielle, méthodique et il pioche des informations (titres, mots clés, conclusions intermédiaires…) qu’il synthétise ensuite. Et, si la génération Y ne pense plus que par Google, ce dernier le leur rend bien, puisque suite au développement de ces nouveaux comportements de lecture, le géant technologique américain a décidé de supprimer la pagination au profit du scroll[2] pour s’adapter à ces nouveaux usages.
Par ailleurs, le besoin d’instantanéité du Y induit une difficulté à comprendre qu’il lui faudra des années avant d’obtenir le titre d’expert  en entreprise alors même  qu’il aura fait appel à toute ses compétences pour  dénicher des tutoriels et être rapidement opérationnel. Cette relative impatience le poussera à avancer plus vite. Il  travaillera dans une optique de productivité et fera preuve de beaucoup plus de débrouillardise que ses prédécesseurs pour trouver rapidement les réponses aux problèmes qui l’empêchent d’avancer.
Enfin, cette culture de l’instantané implique nécessairement que l’Y travaille beaucoup moins sa mémoire. Il n’a  plus besoin d’apprendre les numéros de téléphone par cœur, Wikipédia connaît mieux l’histoire que lui, et bientôt  il branchera sur son cerveau la mémoire du monde, puisque les premiers prototypes d’extension de la mémoire humaine via les technologies sont déjà en cours de développement.
Mais internet marque-il vraiment la fin de la mémoire pour les Y ? N’oublions pas, qu’en son temps déjà, l’invention de l’imprimerie suscitait les mêmes polémiques et que notre cher Montaigne avait fait cesser celles-ci en prêchant qu’il valait mieux une tête bien faite qu’une tête bien pleine.


[1] Le verbe « Googliser », fréquemment employé par les Y, s’est frayé un chemin jusqu’au Petit Larousse 2014.
[2] En 2012 Google a implémenté le scroll infini et a décidé d’abandonner la pagination. Les internautes sont donc depuis invités à « scroller » à loisir avec la roulette de leur souris pour faire défiler les résultats.



Qu’en est-il de la concentration pour ces individus multi-tâches?

Outre le fait que les Y sont des personnes vivant dans l’instant, il faut garder à l’esprit que l’usage de technologies diverses et variées rythme leur quotidien. Ceci est vrai pour les filles, comme pour les garçons. Néanmoins, les habitudes des uns et des autres sont différents. En effet, si 79% des filles jouent aux jeux vidéo (contre 86% des garçons), elles y passent moins de temps et jouent souvent à des jeux sur mobile, tandis que les garçons sont plutôt amateurs de jeux en ligne, par exemple. Par ailleurs, les filles échangent en permanence et passent beaucoup plus de temps à discuter sur les réseaux sociaux et à écrire des SMS. Ainsi, Marianne interrompra volontiers sa partie de Candy Crush sur Facebook et jonglera d’onglet en en onglet pour répondre au SMS de Camille qui lui demande de trouver le spot du prochain brunch. De même, au bureau, comme 45% des Y, elle répondra aux messages intempestifs personnels (réseaux sociaux et SMS) en même temps qu’elle triera ses mails professionnels.
Mais si tout le monde s’extasie sur les super pouvoirs multi-tâches des Y, ceux-ci ne sont pas infinis. Jean-Philippe Lachaux, directeur de recherche à l’Inserm[1] a dévoilé via son blog « le cerveau attentif[2] » qu’ils étaient limités par les caractéristiques des neurones.  Il nous apprend qu’un même neurone peut faire deux choses à la fois, mais que si deux activités font appel aux mêmes populations de neurones il n’est pas possible de les exécuter simultanément. Par conséquent, s’il est possible de superposer les tâches automatiques et récurrentes, les tâches qui demandent planification, créativité et mémoire ne sont pas superposables.
Enfin, le profil multi-tâches des Y nous amène doucement à la question de la concentration. Car, pour eux, se concentrer sur une tâche unique est très difficile. Cependant, cela n’est pas impossible pour autant : il ne faut pas oublier qu’un Y peut passer 3 heures à jouer en ligne sur World of Warcraft !
Moralité, le manque de concentration chez les Y n’est pas une fatalité. Si l’on veut qu’ils soient concentrés à l’école comme en entreprise il va falloir dynamiser les activités et les rendre divertissantes afin d’exploiter leurs potentialités au maximum.
 
 
Source:
Olivier Rollot (2012) La génération Y, 1ère édition, Publié par les Presses universitaires de France, Paris


[1] Institut national de la santé et de la recherche médicale.
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