Portrait de Serge Kampf par Tristan Gaston-Breton – 15 mars 2016

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Fondateur du groupe Capgemini qu’il dirigea pendant 45 ans, Serge Kampf avait fait d’une petite société créée à Grenoble l’un des leaders mondiaux dans le domaine des services informatiques.

 

Né à Grenoble en 1934, Serge Kampf n’était ni ingénieur ni spécialiste de l’informatique. Licencié en droit et en sciences économiques, il commence sa carrière à la Direction Genérale des Télécommunications avant de rejoindre, à Grenoble, les équipes commerciales de la Compagnie des machines Bull, alors l’un des principaux fabricants mondiaux d’ordinateurs. Nommé directeur en charge de la région Dauphiné-Savoie, il démissionne de ses fonctions en 1966 pour protester contre la décision prise par son employeur de remplacer par des matériels General Electric les gammes d’ordinateurs jusque-là commercialisées par Bull. De ce « coup de tête », né d'un sentiment de révolte, Serge Kampf retire la conclusion que « pour ne pas subir les décisions des autres, il vaut mieux les prendre soi-même ». Ainsi naît, le 1er octobre 1967, la Société pour la Gestion de l'Entreprise et le Traitement de l'Information (Sogeti), le futur groupe Capgemini.

Installée à Grenoble dans un deux-pièces-cuisine et forte à ses débuts de six salariés, la société connaît une croissance foudroyante dûe aux choix initiaux de Serge Kampf : large gamme de prestations, entrée précoce dans l’infogérance et le consulting, décentralisation opérationnelle, indépendance capitalistique, liberté totale vis-à-vis des constructeurs informatiques… Originale et même atypique, cette stratégie installe solidement Sogeti dans le paysage des SSII. En 1974, Serge Kampf mène de main de maître l’acquisition du CAP, le plus prestigieux de ses concurrents, spécialisé dans la conception et la réalisation de grands logiciels et de grands systèmes. Cette opération, une première dans le monde des SSII françaises, bouscule les usages d'un secteur encore peu familier avec les offres publiques d’achat (OPA). Si elle intéresse, intrigue et même irrite, elle achève de faire de Sogeti le premier acteur dans le domaine des services informatiques en France. Un an plus tard, c'est l'acquisition de Gemini qui dispose de solides positions en Europe. Dans la foulée de cette opération et contre l'avis de la plupart de ses proches, Serge Kampf decide de rebaptiser la société qu'il a fondée 8 ans plus tôt. En 1975, Sogeti devient Cap Gemini Sogeti. Elle prendra le nom de Capgemini en 1996.

Les années qui suivent sont celles de toutes les conquêtes. Conquêtes de nouveaux métiers, avec des développements essentiels dans le conseil et l'intégration de systèmes ; entrée sur de nouveaux marchés, plus particulièrement en Europe du Nord et aux Etats-Unis; mais aussi introduction en Bourse et grandes alliances capitalistiques, avec la CGIP (Wendel Investissements) puis avec Daimler-Benz… Le Groupe grandit au rythme de deux à trois acquisitions par an jusqu’à s’imposer dans le peloton de de tête des grandes SSII mondiales. Entrepreneur discret mais influent, visionnaire et d’une grande rigueur intellectuelle, Serge Kampf se distingue par l'originalité de son management qui entend faire de chaque collaborateur un ami et qui repose sur l’adhésion à un projet collectif et à des valeurs fortes.

Dans la construction d'un groupe mondial, Serge Kampf n'aura bien sûr pas été épargné par les doutes et même les échecs.  Conclue en 1991, l’alliance avec Daimler-Benz s’achève ainsi sur un divorce, prononcé dès 1996. En 2000, c'est la fusion avec Ernst & Young Consulting.  Très ambitieuse et survenant à l'aube d'une grave crise économique, elle manque de déstabiliser Capgemini et affecte profondément son fondateur. A chaque fois cependant, Serge Kampf saura tenir la barre et redonner au groupe des perspectives de croissance.

Depuis  2002, Serge Kampf avait pris du recul dans la gestion quotidienne du Groupe. Il avait confié la direction générale à Paul Hermelin avec lequel il partageait des valeurs communes et une même conception de l'avenir de Capgemini. En 2012, il avait franchi une nouvelle étape en ne demandant pas le renouvellement de son mandat de Président du conseil d'administration et en proposant de nommer Paul Hermelin à cette fonction.  Président d’honneur et Vice-Président du Conseil d’Administration, il continuait d’être consulté sur tous les grands sujets intéressant la vie du Groupe.